Pourquoi ce sont des sorcières qui sont sorties de mes mains...
Quand j’y pense aujourd’hui, je trouve ça presque drôle. Parce que si quelqu’un m’avait dit, à 20 ans, qu’après 18 années dans l’armée je finirais par créer des petites sorcières en pâte polymère, parler de cartes, de ressentis, de magie et construire tout un univers autour de ça, je pense que je l’aurais regardé bizarrement. Et avouons-le, après avoir travaillé avec une arme et un chien de guerre, le contraste est quand même assez radical. 😅
Et pourtant, avec le recul, je me rends compte que beaucoup de choses étaient déjà là bien avant que je comprenne où elles allaient me mener. À l’époque, évidemment, je ne faisais absolument pas le rapprochement.
Tout d’abord, j’ai grandi avec une maman qui tirait les cartes, avec des histoires de ressentis, d’énergies, de prémonitions, de prières… Ce qui, avouons-le, reste un peu bizarre quand on est enfant et que certaines personnes disent que votre maman est une sorcière. 🙄 Plus tard, j’ai découvert qu’il n’y avait pas qu’elle. Ma grand-mère, ma tante… Dans la famille, il y a toujours eu cette idée que certaines choses se transmettaient et que certaines personnes ressentaient davantage que d’autres. Maman, elle, a toujours considéré que chacune devait faire son propre chemin : accepter certaines choses, les accueillir ou préférer fermer la porte.
Chez nous, ce n’était pas la magie telle qu’on la voit beaucoup aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Pas de cape noire, pas de chaudron au milieu du salon, pas de grande cérémonie les soirs de pleine lune. Ça faisait simplement partie de la vie. Maman savait parfois des choses avant les autres. Des dames venaient régulièrement la voir, que ce soit pour boire un café, demander un conseil ou tirer les cartes.
J’avoue, ma mère a toujours été mon pilier. Encore aujourd’hui, on peut parler d’un tirage, d’un ressenti ou d’un signe, puis cinq minutes plus tard passer à quelque chose de beaucoup plus terre à terre. C’est probablement aussi pour ça que je n’ai jamais vu la magie comme quelque chose qu’il fallait compliquer pour qu’elle existe.
Et puis, dès mon adolescence, il y avait déjà des sorcières partout autour de moi. Je collectionnais les figurines de fées et de sorcières. J’avais des tableaux, des affiches, des petites bonnes femmes à chapeau pointu posées sur les meubles. À mes 20 ans, j’avais même acheté les fameux classeurs « Apprendre et connaître l’astrologie » de chez Hachette. Vous savez, ce genre de collection qu’on achetait chaque semaine chez le buraliste… en francs, en 1998. Ça ne nous rajeunit pas. 😅 Et le pire, c’est que je les ai encore. L’année suivante, je m’engageais dans l’armée. Vive les contrastes. 😅
Avec le recul, il y avait quand même quelques indices. Ajoutez à cela une adolescence gothique et hard rock, les tatouages, les piercings et cette tendance que j’ai toujours eue à ne pas vraiment rentrer dans les cases…
Mais malgré tout ça, ma vie est partie ailleurs. J’y suis finalement restée 18 ans, d’abord maître-chien, puis secrétaire. Autant dire qu’à ce moment-là, le chemin qui allait me conduire un jour vers Melle Pestouille n’était pas franchement évident.
Puis la vie a changé. J’ai quitté la base aérienne, il y a eu les difficultés financières, mon fils, le handicap, et surtout la nécessité de trouver une autre manière de travailler… Puis un jour, je me suis mise à la pâte polymère. Pas avec un business plan, ni avec l’idée de créer une entreprise, et encore moins avec celle de devenir « sorcière-artisane ». À ce moment-là, j’avais surtout besoin de trouver des solutions beaucoup plus concrètes que spirituelles, et la pâte polymère était juste un moyen de me vider la tête.
J’ai commencé à bricoler quelques trucs. Mon premier essai, si mes souvenirs sont bons, était un chat en décoration sur une boîte de conserve. On commence où on peut. 😅 Puis j’ai voulu faire un personnage : une nana assise sur un pot. Et là, comme une évidence : ce sera une sorcière.
Je ne me suis pas demandé si c’était vendeur, si c’était une bonne niche ou si les chapeaux pointus avaient un avenir commercial extraordinaire. J’ai fait une sorcière, puis une autre. Les chapeaux sont arrivés, les balais, les chaudrons, les lunes, les pierres, les plantes, les clés, les tableaux… et Melle Pestouille a commencé à prendre forme.
C’est seulement plus tard que je me suis rendu compte que tout ça était quand même assez troublant. Pendant longtemps, j’ai eu l’impression que ma vie partait dans tous les sens : l’armée, les galères, les changements, les créations, les textes, les cartes… Alors qu’en réalité, quand je regarde derrière moi aujourd’hui, j’ai plutôt l’impression que le chemin était déjà en train de se tracer sans que j’en aie conscience.
Les cartes étaient là depuis mon enfance. Les femmes de ma famille aussi. Les sorcières étaient déjà sur mes murs, sur mes étagères, dans tout ce qui m’attirait depuis toujours. Même l’astrologie était rangée dans mes vieux classeurs Hachette depuis 1998. 😅
Alors oui, ma vie a fait quelques détours. Dix-huit ans dans l’armée, ce n’est pas exactement le raccourci le plus évident pour finir par fabriquer des sorcières en pâte polymère.
Mais finalement, lorsque je me suis retrouvée à créer mon premier personnage, il n’y avait peut-être même pas vraiment de choix à faire.
Avec le recul, je ne crois pas que ce soit un hasard ou une idée sortie de nulle part. Le chemin était déjà là depuis longtemps, même si j’ai pris quelques sacrés détours avant d’arriver jusqu’à lui. Et finalement, toutes ces étapes qui semblaient parfois n’avoir aucun rapport entre elles m’y ont ramenée.
Alors oui, quand cette première nana assise sur son pot a commencé à prendre forme, c’était presque obligé.
Elle devait être une sorcière.